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Guinée-Bissau : l’artiste-musicien Diamanka à cœur ouvert

Diamanka est sur la scène musicale Bissau-Guinéenne depuis plus de 40 ans. Cet artiste est une figure emblématique de son pays. Le Groupe Teral Communication a rencontré le Roi du Goumbé, un genre musical très prisé au pays d’Amilcar Cabral. C’était le 25 janvier 2021, dans l’archipel des Bijagos où il se produit très souvent. C’était au lendemain d’une prestation à l’honneur du Président du Cap-Vert de passage dans cette île paradisiaque fréquentée généralement par des VIP. Sans détour, il a accepté de nous parler de lui, de ses débuts dans la musique, ses relations avec les plus hautes autorités du pays, sa rencontre historique et mémorable avec l’homme d’affaires ivoirien Touré Ahmed Bouah, le Président Directeur Général du Groupe SOPHIA et non moins promoteur de la ville nouvelle Akwaba City… Normal. Puisque l’homme est avant tout, un des ambassadeurs de la musique Bissau-Guinéenne. Titre qui lui a été dercerné pour services rendus à la Guinée-Bissau, par feu le Président Nino Vieira dont il garde encore des souvenirs inoubliables.

Entretien réalisé par Siaka NDONG (Envoyé spécial en Guinée-Bissau)     

Présentation

Je m’appelle officiellement Carlos Bubacar DIAMANKA. Mon nom d’artiste, c’est DIAMANKA. J’ai commencé ma carrière musicale dans les années 1970.Je viens d’une famille de griots. Depuis 1973, je ne fais que de la musique. C’est mon seul boulot. Dans les années 1994, le Président Nino Vieira m’a nommé par décret présidentiel ambassadeur de la musique de la Guinée-Bissau, avec un passeport diplomatique. Cela m’a donné l’opportunité de beaucoup voyager à travers le monde. En 1996, j’ai pris la décision d’émigrer.Je suis parti au Cap-Vert. J’ai fait trois ans là-bas. Je suis revenu. J’ai commencé à jouer dans la sous-région: en Guinée-Conakry, en Sierra-Léone, en Gambie, au Gabon, au Burkina Faso… avant d’atterrir au Sénégal. Au pays de la Téranga, j’ai décroché un contrat pour jouer dans des hôtels à Saly-Portudal. Et ce, pendant trois ans. Après le coup d’Etat, je suis revenu à Bissau, le 12 avril 2015. Puis je suis reparti. Cette fois-ci en direction du Portugal. Dans l’ancienne puissance coloniale, j’ai eu à représenter mon pays dans plusieurs festivals de musique du monde. Cela m’a permis de connaître des pays comme le Canada, la Belgique, la Corée du Nord où j’ai eu à représenter avec beaucoup de fierté mon pays la Guinée-Bissau. Malgré toutes ces pérégrinations à travers le monde, j’ai seulement produit deux disques. Maintenant, je suis définitivement établi en Guinée-Bissau. Mon projet, c’est de faire le troisième disque.


Situation des artistes en Guinée-Bissau

La situation des artistes ici en Guinée-Bissau, elle n’est pas trop reluisante. L’Etat ne soutient pas assez les artistes-musiciens. Il y a beaucoup d’artistes de la nouvelle génération qui veulent être connus. Mais ils n’ont pas de moyens. Avec l’association des musiciens professionnels de Guinée-Bissau, on a frappé à toutes les portes.

Style musical

Je fais parfois de la variété. On a 23 ethnies en Guinée-Bissau. Chaque ethnie à sa culture. Je ne me limite pas seulement à chanter en créole. Je chante en peul, en manjak, en pepel, en mandingue, en français, en portugais… Mais mon style musical à moi, c’est le Goumbé. C’est notre Mbalax national. Ma base musicale. Je me suis véritablement intéressé à la musique à travers des copains. Déjà au lycée, j’avais des copains musiciens. Les week-ends, j’allais souvent assister à leurs répétitions. C’est à partir de ce moment que j’ai véritablement commencé à m’intéresser à la musique indépendamment du fait que je suis issu d’une grande famille de griots. Quand j’ai quitté le village pour la capitale, Bissau, c’est mon grand-frère qui m’a accueilli. Il m’a beaucoup aidé. Il ne voyait aucun inconvénient à ce que je fasse de la musique. Comme je vous l’ai dit tantôt, je suis issu d’une famille de griots.J’alliais études et musique.


Relations avec Nino Vieira

En Guinée-Bissau tout le monde connaît DIAMANKA. J’ai connu Nino Vieira en 1986. Il y avait une grande fête dédiée à l’armée. A cette époque, j’avais mon orchestre qui s’appelait, “Corne Noire”. J’ai été invité pour aller jouer à cette grande fête de l’armée. Le Président Nino Vieira était là. Après la prestation, il m’a interpellé, en me disant comment je m’appelais. Je lui dis que je m’appelle DIAMANKA. Il a fait venir le ministre des affaires étrangères, en lui disant que désormais, DIAMANKA doit être associé à toutes les festivités de la Présidence de la République. C’est à partir de ce moment qu’on a commencé à avoir des relations. En 1988, il m’a acheté de nouveaux instruments. Avant ça, dans l’orchestre où il m’a connu, il m’y a retiré pour m’intégrer dans l’orchestre national. J’ai fait seulement un an dans l’orchestre national. Il m’a ensuite aidé à former mon orchestre. C’est avec cet orchestre que je voyageais souvent avec lui. C’est sur ces entrefaites qu’il m’a nommé ambassadeur de la musique Bissau-Guinéenne. C’était un grand honneur pour moi. La consécration. Je lui ai dédié deux ou trois chansons. Indépendamment de ses fonctions de Chef de l’Etat, Président de la République, il était un grand combattant. C’est un secret de polichinelle que de le dire. C’était un grand stratège. Jusqu’à présent, malgré qu’il ne soit plus de ce monde, son peuple continue de l’aimer. Pour moi, c’est un grand-frère, un grand ami qui est parti. C’est en 1984 que j’ai été véritablement propulsé au devant de la scène. Deux ans après, j’ai connu le Président Nino Vieira.


Rapport avec l’actuel Président

J’ai d’excellentes relations avec l’actuel Président Umaro Sissoco EMBALO. C’est mon petit frère. Avant qu’il ne soit Président, j’entretenais déjà avec lui de très bonnes relations. J’ais une fois été victime d’un accident. Je ne marchais pratiquement plus. En tant que Premier Ministre de Guinée-Bissau au moment des faits, c’est lui qui a ordonné mon évacuation sanitaire à l’étranger. Il a payé mon billet d’avion. Il m’a donné de l’argent de poche. Il m’a envoyé au Portugal pour me faire soigner. J’ai beaucoup d’espoirs que le Président EMBALO, le Président de tous les Bissau-Guinéens va développer le pays. EMBALO cristallise l’espoir depuis qu’il est au pouvoir. Il a beaucoup d’ambitions pour son pays. Il est très ambitieux. Si on le laisse faire, il va faire.


Un mot sur l’archipel des Bijagos

L’archipel des Bijagos est un paradis sur terre. J’invite vraiment le gouvernement à y créer beaucoup d’infrastructures. Cela pourrait booster le tourisme local. Le peuple des Bijagos est un peuple très aimable. En Guinée-Bissau, on n’a pas encore certaines grandes infrastructures comme le Grand Théâtre de Dakar. Les choses commencent à bouger. Il y a trois mois environ, le Secrétaire d’Etat au tourisme a posé la première pierre du futur Palais de la Culture de Bissau. Il n’y pas de salles de spectacles publics appartenant à l’Etat hormis les salles privées.

Relations culturelles entre la Guinée-Bissau et le Sénégal

Les relations culturelles entre la Guinée-Bissau et le Sénégal sont au beau fixe. Personnellement, j’ai beaucoup joué au Sénégal. Youssou Ndour, je l’ai connu en 1979 de même que beaucoup de grands chanteurs sénégalais. Je garde encore ces relations. Youssou Ndour, à chaque fois que je suis à Dakar, il me déroule le tapis rouge. C’est mon petit frère. Transmettez lui, mes salutations les plus fraternelles.

Opportunité d’investir en Guinée-Bissau

En Guinée-Bissau, nous sommes un pays vierge. Il y a tout ici. Paix et développement, riment ensemble. Nous nous efforçons à atteindre cet idéal. Ici, les gens sont très aimables. Il y a à boire et à manger…

Rencontre avec le PDG du Groupe SOPHIA

Ahmed Touré est un grand homme. Un homme de bien. Un homme affable, sympathique. Malgré ses hautes fonctions, il ne fait pas la grosse tête. Excusez moi du terme. Il est toujours prêt à aider, sans calcul. C’est un altruiste, au sens noble du terme.  Quand on le rencontre pour la première fois, on a l’impression de l’avoir connu des décennies durant. Tellement il est humble, courtois, respectueux… Il est chez lui en Guinée-Bissau. Il est le bienvenu en terre africaine de Guinée-Bissau. Je sais qu’il a beaucoup de projets. S’il plaît à Dieu, il va réussir tous ses projets qui visent en réalité l’amélioration des conditions de vie des populations et le développement de la Guinée-Bissau. Il va réussir, tout simplement parce qu’il est positif. Il va réussir parce qu’il a un bon cœur.

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